Antennes-relais et exposition aux ondes électromagnétiques : réglementation, mesures et état des connaissances

Dossier · mis à jour le 13/06/2026

Antennes-relais et exposition aux ondes électromagnétiques : réglementation, mesures et état des connaissances

Les antennes-relais qui couvrent le territoire suscitent des questions légitimes sur l'exposition du public aux ondes. Ce dossier fait le point sur le rôle de l'ANFR, les valeurs limites fixées par la réglementation française, le dispositif Cartoradio et les mesures gratuites à domicile, ainsi que sur l'état des connaissances sanitaires (ANSES, OMS) et la 5G. Objectif : des repères factuels pour comprendre ce que disent et ne disent pas les données.

Comprendre l'exposition aux ondes des antennes-relais

Le déploiement des réseaux de téléphonie mobile repose sur des dizaines de milliers d'antennes-relais réparties sur l'ensemble du territoire. Ces installations émettent des champs électromagnétiques de radiofréquences, le même type d'ondes qu'utilisent la radio FM, la télévision ou le Wi-Fi. Leur multiplication, et plus récemment l'arrivée de la 5G, alimentent des interrogations fréquentes chez les habitants, les acheteurs et les locataires : suis-je trop exposé ? Existe-t-il un risque pour la santé ? Comment savoir ce qui se passe près de chez moi ?

Ce dossier rassemble les repères essentiels : qui contrôle les antennes, quelles sont les valeurs limites réglementaires, comment faire mesurer gratuitement son exposition, et ce que dit l'expertise sanitaire actuelle. Les radiofréquences font partie des rayonnements dits non ionisants : contrairement aux rayons X ou au rayonnement nucléaire, elles ne possèdent pas l'énergie suffisante pour casser les liaisons chimiques de l'ADN. Cette distinction est importante pour situer les enjeux de manière proportionnée, sans minimiser ni dramatiser.

mon-risque.com est un portail d'information : il ne réalise pas de mesures et ne se substitue pas aux organismes officiels. Pour les données précises sur votre adresse, ce dossier renvoie systématiquement vers les sources de référence, au premier rang desquelles l'Agence nationale des fréquences.

Le rôle de l'ANFR, gendarme des fréquences

L'Agence nationale des fréquences (ANFR) est l'établissement public chargé de la gestion du spectre radioélectrique en France et du contrôle de l'exposition du public aux ondes. C'est l'acteur central à connaître lorsqu'on s'interroge sur une antenne-relais.

Ses missions principales en matière d'exposition sont les suivantes :

Cette séparation des rôles est utile à garder en tête : les opérateurs exploitent les réseaux, mais c'est un organisme public indépendant qui fixe le cadre, contrôle et publie. Les mesures ne sont donc pas réalisées par les opérateurs eux-mêmes.

Les valeurs limites réglementaires d'exposition du public

En France, l'exposition du public aux champs électromagnétiques est encadrée par le décret n° 2002-775 du 3 mai 2002, pris en application du code des postes et des communications électroniques. Ce décret transpose en droit français la recommandation européenne 1999/519/CE du 12 juillet 1999, elle-même fondée sur les recommandations de la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP).

Ces valeurs limites sont conçues pour protéger contre les effets sanitaires établis des radiofréquences, principalement l'échauffement des tissus (effet thermique). Elles intègrent des marges de sécurité importantes par rapport aux seuils à partir desquels un effet est observé.

La particularité est que la valeur limite dépend de la fréquence d'émission. Elle s'exprime en volts par mètre (V/m), unité qui mesure l'intensité du champ électrique. Les principaux repères du décret de 2002 sont les suivants :

Dans la pratique, les niveaux mesurés sur le terrain sont très inférieurs à ces plafonds. Les analyses publiées par l'ANFR montrent que l'exposition réellement constatée se situe le plus souvent autour de quelques V/m, soit nettement en dessous des valeurs limites réglementaires. Il faut toutefois retenir que ces valeurs sont des plafonds à ne pas dépasser, et non des objectifs de niveau habituel.

Cartoradio et les mesures gratuites à domicile

Pour répondre concrètement aux questions des habitants, deux outils gratuits et publics sont accessibles à tous.

Cartoradio : la carte des émetteurs et des mesures

Le site cartoradio.fr, édité par l'ANFR, permet de visualiser, en entrant une adresse, la localisation des antennes-relais et autres émetteurs autorisés à proximité, ainsi que les résultats des mesures d'exposition déjà réalisées dans le secteur. C'est le point de départ naturel pour qui veut savoir ce qui se trouve près de chez lui et à quel niveau d'exposition correspondent les mesures existantes.

Faire mesurer gratuitement son exposition

Toute personne peut demander une mesure gratuite de son exposition aux ondes à son domicile ou dans un lieu accessible au public. Le dispositif est entièrement financé par un fonds public : il n'y a rien à payer pour le demandeur. La marche à suivre est la suivante :

Le demandeur reçoit les résultats, et la mesure réalisée est ensuite rendue publique sur cartoradio.fr. Le dispositif est généralement limité à une mesure gratuite par an et par logement. Cette procédure offre une réponse personnalisée et opposable, fondée sur le protocole officiel de l'ANFR.

Information locale et rôle du maire : la loi Abeille

Au-delà de la mesure, le cadre français accorde une place importante à l'information et à la concertation au niveau local. La loi n° 2015-136 du 9 février 2015, dite loi Abeille, est relative à la sobriété, à la transparence, à l'information et à la concertation en matière d'exposition aux ondes électromagnétiques.

Cette loi a renforcé les droits des habitants et le rôle des élus :

La loi a aussi consacré un principe de sobriété de l'exposition : réduire, dans la mesure du possible et à service équivalent, les niveaux d'exposition là où ils sont les plus élevés, notamment autour des établissements accueillant des publics sensibles. Le décret de 2002 prévoit d'ailleurs que les opérateurs décrivent les actions engagées pour maintenir l'exposition aussi basse que possible aux abords des établissements scolaires, crèches ou établissements de soins situés à moins de 100 mètres d'une installation.

L'état des connaissances sanitaires : ce que disent les experts

La question de fond reste celle des effets sur la santé. Sur ce point, il faut distinguer ce qui est établi, ce qui fait l'objet d'une surveillance, et ce qui relève de l'incertitude.

Le classement de l'OMS et du CIRC

En mai 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé les champs électromagnétiques de radiofréquences dans le groupe 2B, soit "peut-être cancérogènes pour l'homme". Ce classement, détaillé dans la monographie volume 102 du CIRC, a été établi par un groupe de travail réuni à Lyon.

Il est essentiel de bien interpréter cette catégorie. Le groupe 2B signifie qu'un risque ne peut être exclu et mérite d'être surveillé, mais que les preuves disponibles sont limitées. Le classement repose principalement sur des études faisant état d'une possible augmentation du risque de gliome (une tumeur du cerveau) associée à une utilisation intensive du téléphone mobile collé à l'oreille, et non à la proximité des antennes-relais. Le groupe 2B regroupe de nombreuses substances et situations courantes. Le CIRC n'a pas quantifié le risque et n'a pas conclu à une relation de cause à effet établie.

L'expertise de l'ANSES

En France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) évalue régulièrement les connaissances. Ses travaux convergent vers un constat : en l'état des données disponibles, aucun effet sanitaire avéré n'est démontré pour des expositions respectant les valeurs limites réglementaires, notamment pour les niveaux faibles que produisent les antennes-relais. L'ANSES poursuit une veille active, notamment à travers ses expertises sur le lien entre radiofréquences et cancer, qui ont fait l'objet de consultations publiques en 2024.

L'agence souligne néanmoins que certaines incertitudes persistent et que la recherche doit continuer, en particulier sur les effets à long terme et sur les populations potentiellement plus sensibles. Cette posture de vigilance n'équivaut pas à un constat de danger : elle traduit une approche scientifique prudente.

L'électrohypersensibilité

Certaines personnes rapportent des symptômes qu'elles attribuent aux ondes (maux de tête, fatigue, troubles du sommeil), regroupés sous le terme d'électrohypersensibilité. L'ANSES reconnaît la réalité de la souffrance exprimée par ces personnes, mais les études scientifiques n'ont pas pu établir, à ce jour, de lien de causalité entre cette symptomatologie et l'exposition aux champs électromagnétiques. La prise en charge médicale reste recommandée.

La 5G : ce que les données indiquent

L'arrivée de la 5G a relancé les interrogations, notamment parce qu'elle utilise de nouvelles bandes de fréquences (autour de 3,5 GHz) et, à terme, des bandes plus hautes dites millimétriques. L'ANSES a conduit une expertise dédiée, dont les conclusions ont été confirmées dans son rapport rendu en 2024.

Les principaux enseignements sont les suivants :

Les campagnes de mesure de l'ANFR apportent un éclairage concret. Elles montrent que, dans la grande majorité des cas, l'essentiel de l'exposition provient toujours des bandes historiques de téléphonie (autour de 800 et 900 MHz), et que la contribution de la 5G dans la bande 3,5 GHz, bien qu'en hausse entre 2020 et 2023, reste l'une des plus faibles parmi les bandes de téléphonie mobile. L'augmentation de l'exposition globale liée au déploiement de la 5G est restée modeste sur cette période. Ces résultats sont consultables sur l'observatoire de l'ANFR.

Les terminaux : le débit d'absorption spécifique (DAS)

Une part importante de l'exposition individuelle ne vient pas des antennes mais du téléphone lui-même, parce qu'il est utilisé très près du corps. Pour les terminaux, l'indicateur de référence est le débit d'absorption spécifique (DAS), qui mesure la quantité d'énergie absorbée par le corps, exprimée en watts par kilogramme (W/kg).

Les valeurs limites réglementaires applicables aux terminaux vendus en France sont :

L'ANFR contrôle chaque année des dizaines de modèles prélevés dans le commerce. Lorsqu'un appareil dépasse une valeur limite, l'agence impose des mesures correctives : mise à jour logicielle pour réduire la puissance, ou retrait du marché assorti d'un rappel des exemplaires déjà vendus. Plusieurs modèles font ainsi l'objet de mesures correctives chaque année. Quelques gestes simples permettent de réduire son exposition propre : utiliser un kit mains libres ou le haut-parleur, éviter de téléphoner quand le réseau est faible (le téléphone émet alors plus fort), et privilégier l'envoi de messages aux appels prolongés.

Vos démarches en cas de question ou de doute

Si vous vous interrogez sur une antenne près de votre logement ou sur votre exposition, plusieurs démarches concrètes et gratuites sont à votre disposition :

Pour explorer les risques et le cadre de vie autour d'une adresse, vous pouvez utiliser la recherche par commune de mon-risque.com et consulter nos guides thématiques. Rappelons que ce dossier est purement informatif : pour toute décision ou tout litige, ce sont les données et avis des organismes officiels cités ci-dessus qui font foi. En cas de symptômes que vous attribuez aux ondes, parlez-en à un professionnel de santé.

En résumé, le cadre français combine des valeurs limites réglementaires fixées par le décret de 2002, un contrôle indépendant assuré par l'ANFR, une transparence des données via Cartoradio, des droits d'information renforcés par la loi Abeille et une veille sanitaire continue de l'ANSES. Les niveaux d'exposition réellement mesurés restent très inférieurs aux plafonds réglementaires, et l'état actuel des connaissances ne met pas en évidence de risque sanitaire avéré aux niveaux d'exposition habituels, tout en justifiant la poursuite de la recherche.

RappelDossier informatif. Pour une transaction, l'état des risques réglementaire (georisques.gouv.fr) reste le document opposable.